Bacchante



Cette année, j’ai (enfin) réussi à mener à bien un projet qui me tenait à cœur depuis quelques années déjà.


En 2011, j’avais pu expérimenter le costume vénitien, grâce à Gaëlle (dont vous pouvez retrouver le blog ici : http://elixxir.canalblog.com/, blog qui traite de sa découverte du monde vénitien d’ailleurs ;)) qui m’avait donné l’occasion de porter un de ses costumes lors d’une sortie de masques organisée dans Lyon, au parc de la tête d’Or.

Ce fut une expérience marquante pour moi, j’y ai découvert le dessous des costumes, quelques codes du monde vénitien, et ce que ça fait, de porter un masque ! La réduction du champ de vision m’avait marquée à l’époque, de même, la réaction des gens.
J’avais aussi beaucoup aimé ne pas avoir à utiliser la parole, bien que le côté théâtral m’échappait encore totalement.


Photographies par Skazar (son site ici : http://skazarphoto.fr/)
Je portais le costume de la Marquise des violettes, et Gaëlle portait son costume Lady Saphir.

Depuis cet événement, j’attendais l’occasion de pouvoir créer mon propre costume avec impatience. Un ami m’avait proposé un événement en 2016 qui s’annonçait absolument passionnant. La soirée s’intitulait »Venise sous Paris », et promettait des merveilles. J’avais réfléchi au thème de mon costume, j’avais commandé le tissu, acheté un patron, commencé à faire le jupon et fait les paniers (sous la robe).  Toutefois, la soirée a été supprimée du fait des événements survenus à Paris fin 2015.

Après cette annulation, j’ai délaissé le costume. Le tissu est resté sur son rouleau dans un coin, les paniers ont été rangé, le patron aussi, en attendant leur heure.

De plus, je suis plutôt en difficulté pour me tenir au courant, et en 2017, j’avais complètement raté le carnaval vénitien d’Annecy : j’avais été au courant de l’événement une fois qu’il était terminé. Je m’étais dit de mieux faire pour 2018. Parallèlement à cet engagement personnel, Gaëlle a annoncé dans l’été qu’elle se déplacerait jusqu’au carnaval d’Annecy cette année, avec un tout nouveau costume. Voilà le signe qu’il fallait pour me convaincre tout à fait: c’était le moment ou jamais.

J’ai repris les tissus, patrons, projets, idées, et j’ai commencé à m’y mettre sérieusement.
Le premier gros travail pour moi a été d’arrêter un choix de thème. Je n’avais plus aucune idée du thème sur lequel j’étais partie initialement, puisque je ne notais absolument rien à l’époque, et que mes goûts peuvent varier facilement… Et choisir est toujours assez dur, pour ce genre de projet énorme. Après être passée par plusieurs crises existentielles, j’ai arrêté un thème, en rapport à la couleur du tissu : Bacchante (couleur vin + robe 18ème => orgie => dionysos, bacchus)

Le patron que j’avais choisi à l’époque était le Simplicity 4092, avec une préférence pour le modèle doré (B).


La deuxième difficulté a été de poser une idée générale du costume, puisque je suis une mauvaise dessinatrice (encore moins à l’aise avec le dessin des vêtements). Je changeais tout le temps ! Des sequins ? Des plis ? De la dentelle ? Oui, non. Et d’un jour à l’autre, cela changeait… J’essayais de m’inspirer par des images sur le net, parfois ça m’aidait, parfois non.
Ceci dit, il y a quelques photos qui m’ont inspirées :

Ce qui m’a tout de suite attirée, c’est le relief !
Pour moi, un costume vénitien doit être très visuel. J’ai tout de suite exclus l’organza, car je n’aime pas ce tissu. Il me fallait trouver comment créer du relief sur mon costume. La broderie en relief, je n’avais jamais fait, et l’idée m’a séduite de suite. J’ai donc acheté pleiiiiiiin de rubans, et de fils (couleur rouge/bordeaux et leurs déclinaisons pour les fleurs, couleur dorée pour les feuilles et tiges).


Je ne suis pas une grande brodeuse. C’était mon troisième travail en broderie.

– Le premier était pour une jupe banjara que j’avais réalisée pour un spectacle d’ATS coloré. La broderie n’avait pas à être particulièrement fine. C’était un bon exercice pour m’entraîner à la base de la base de la broderie.

– Le deuxième était sur une ceinture que j’ai réalisé pour une tenue grecque, pour le mariage de ma soeur. J’avais utilisé du fil couleur jaune d’or. Je m’étais amusée à faire de la glycine et beauuucoup de tiges, de feuilles etc. Et j’avais cousu des sequins aussi.


Et le troisième était donc cette pièce du ventre de mon costume. C’était le premier travail que j’ai effectué sur ce costume. Je voulais faire les choses dans l’ordre, et finir de broder avant de mettre la doublure (pour une fois que je prenais la peine de monter une doublure ! J’ai même essayé des ganses !).


Après avoir plus ou moins cousu la surjupe un peu comme je pouvais (je l’ai détachée du haut, pour plus d’aisance et j’avais peur que ça tire trop sur le haut après customisation.). J’ai donc fait des essais de plis, droits, en vague, avec ou sans broderie dorée sur le bord…



Finalement, j’ai retenu les vagues et le doré !  Ca me semblait plus en accord avec mes envies de relief !



Il me restait à coudre les manches…. la partie qui m’a mise le plus en difficulté dans la couture même… parce que je ne comprenais pas le principe du patron. J’ai beaucoup stressé pour cette partie, j’ai fait, défait, refait, redéfait, rerefait… Et puis j’ai aussi brodé d’autres petites roses sur les manches. J’aurais voulu en faire plus, mais je n’avais plus beaucoup de temps devant moi. Cela reste donc un « petit détail » de mon costume, pas très visible, mais qui est là, et ça me plaît.

Après avoir monté les manches, un peu de dentelle, il me manquait les plis sur le haut, et la broderie du bas (que vous voyez sur l’image ci-dessous). Plus plein d’autres détails, dont les « grappes » que je voulais ajouter sur la jupe. Mais ça commençait à ressembler à quelque chose ! (sur cette photo, on voit la ceinture de la surjupe rouge. Et j’aime bien aussi avec cette barre rouge au milieu !)


L’étape d’après a été celle du jupon blanc dessous. Là aussi, je voulais ajouter un peu de relief, donc j’ai ajouté de la dentelle (beaucoup!) et du doré!


A cette étape-là, la robe était bien avancée, il ne me restait moins d’un mois pour faire le reste : masque, coiffe, accessoires.

J’avais décidé de commander un masque de L’Atelier de la Colombe, et de le reproduire pour en avoir un entièrement fait main au papier mâché.
J’avais aussi commandé des faux raisins rouges en plastique, acheté des fleurs en tissus, et préparé mon attirail de modelage pour faire ce que j’avais planifié pour ma coiffe.

Pour cette dernière, je suis partie sur une esthétique plutôt aérienne, qui, je crois, n’est pas très typique vénitienne… mais aucune autre forme de chapeau ne m’a séduite. Aussi, ça me paraissait aller bien avec le thème de la vigne, d’avoir une structure un peu aérée où les plantes se faufilent et se glissent.



Je vous passe les détails des heuuuures de collage intensif (surtout avec mes raisins qui ne voulaient pas se coller ><). En essayant la coiffe, je me suis rendue compte qu’elle était quand même lourde pour tenir comme ça, il a fallu faire une sorte de harnais sur l’arrière et le cou. Heureusement, l’idée de la perruque était bonne car le volume des cheveux a grandement participé à la tenue de la coiffe !


En même temps que je m’occupais de la coiffe, je peaufinais ma robe, je terminais les broderies, mettais des perles, je faisais des grains de raisin en tissu. Un travail long mais vraiment ludique, et encore plus de relief en perspective ! =D

Ci-dessous : Les perles qui se rajoutent une à une. Petite anecdote : j’étais tellement en retard sur tout à ce moment-là que je n’ai pas pris le temps de mesurer pour avoir des perles à (plus ou moins) égale distance. J’ai quand même voulu compter à la fin, si j’en avais beaucoup de différence entre gauche et droite, haut et bas… et j’en ai exactement le même nombre! Grâce aux plis, j’ai eu le compas dans l’œil ! ahah



J’ai eu beaucoup de péripéties pendant le bricolage, notamment pour les masques… je n’ai d’ailleurs pas réussi à faire un masque satisfaisant en papier mâché. Toutefois, j’ai réussi à créer mon loup. Je voulais faire un effet craquelé avec une peinture Pébéo… ce qui n’a pas du tout fonctionné. Ça a été compliqué, la peinture spéciale (bien collante) a coulé partout (sur mes habits notamment, qui ne s’en sont toujours pas remis …), c’était la galère! Du coup, j’ai fait l’effet craquelé avec un bon vieux pinceau fin et de l’acrylique marron. Pour le grand masque, j’ai donc, à contrecœur, pris celui de l’Atelier de la Colombe qui m’avait servi de modèle, et je lui ai peint la bouche et le contour des yeux.



Pour vous dire à quel point j’étais en retard, j’ai mis la dernière couche de vernis sur mes masques la veille du carnaval, au moment de partir pour Annecy.


Au passage, j’ai aussi réalisé une bourse pour avoir un accessoire. J’ai retrouvé (par miracle) un éventail en dentelle écru que j’avais chiné il y a quelques années. J’avais commandé de longs gants blancs (et j’avais profité des soldes pour m’acheter des gants d’hiver bordeaux pour le quotidien…. qui finalement m’ont beaucoup servi pour ce costume!!!). Enfin, pour la cagoule, j’ai profité des soldes pour acheter un coupon de voile légèrement rosé et un coupon de voile de rideau brodé façon anglaise, que j’ai arrangé pour cacher le cou (vu que ma robe a un décolleté). L’idée c’était de faire comme sur les robes à l’anglaise (mélange des styles bonjour…).

Après cela, le voile rosé venait entourer ma tête pour la partie cagoule. Je ne l’ai pas cousu, je n’ai pas trouvé de tutoriel satisfaisant, et je ne voulais pas poser d’élastique, surtout pas de plis disgracieux autour du masque… Je l’ai donc épinglé les deux jours avec une épingle à nourrice.

Et nous voilà partis à Annecy ! (avec mon chéri comme super-assistant!) Dans les meilleures conditions possibles : une chambre d’hôtel toute équipée, ce qui nous rend complètement indépendants, libres de nos mouvements et de nos repas, sur place : l’idéal. Un beau cadeau que l’on nous a fait .


Le samedi, premier jour, je (re)découvre le vénitien, la déambulation, et je me fais happer par la foule ! Je crois que je n’ai pas fait 1 km de marche ce jour-là, n’osant pas trop frustrer les gens qui se succèdent sur la parade, pour collectionner des photos des masques. La rencontre avec les gens était agréable, je souriais comme une enfant sous mon masque (bon, ça ne se voyait pas). Les gens faisaient attention au costume, aussi, c’était plus que ce que j’espérais étant donné l’envergure! ahah

Je comprends vite que si je veux avoir des souvenirs de ce moment, et de ce costume, je dois m’y employer moi-même. Les masques ont leur réseau de photographes, et ils restent entre eux, de ce qu’il m’a semblé. Les belles photos viennent de ces collaborations, exclusives… De même, il y a des coins pour les initiés dans la ville, encore faut-il les trouver.
Le lendemain j’avais donc décidé de faire mon programme shooting, et mon chéri a eu la patience, le courage et la bonté de s’improviser photographe. Nous sommes sortis avec Gaëlle et sa belle-sœur Lola le matin, direction la vieille ville. Toutes les photos de mon costume ont été faites ce jour-là.














Ce fut un événement incroyablement plaisant. Malgré le froid et le poids du costume, j’en garde un excellent souvenir, qui m’a gardée enchantée quelques jours après. Il était difficile de revenir au quotidien après ce week-end en étant Bacchante.

De l’idée à la réalisation du costume, puis jusqu’à la déambulation, j’ai adoré toutes les étapes du processus de création de ce costume. Cela aura été intensif puisque je m’y suis mise tard, mais cela m’a permis de me plonger  totalement dans l’ambiance de cette Bacchante, une ambiance qui me plaisait beaucoup (heureusement car tout mon temps libre y était consacré pendant 3 mois). Le thème, pour moi, est primordial, car c’est ce qui va me motiver tout du long, et m’inspirer des accessoires, stimuler ma créativité. La Grèce antique a toujours été une source inépuisable d’inspiration pour moi donc c’était un thème qui m’allait bien.

Aussi, à peine ce costume était-il fini que j’avais une autre idée en tête, inspirante à souhait ! J’aimerais même emmener mon chéri dans l’aventure pour l’occasion, puisque cela irait bien avec le thème. A suivre donc, pour un prochain costume.

Lilith

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